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Œuvres musicales engagées : leurs origines

Œuvres musicales engagées : Leurs origines

Que représente la musique pour vous ? Vous arrive-t-il de vous exprimer à travers la musique ? Certains l’ont fait. Une poignée de compositeurs s’en sont servi pour critiquer. Découvrons quatre œuvres musicales engagées  ayant eu pour objectif de s’exprimer et parfois même de dénoncer le pouvoir installé au sein du pays.

 

Bella Ciao : l’hymne des partisans

Bella ciao, (que vous connaissez sûrement) est un chant de révolte des résistants italiens datant de 1944. A ce jour, son compositeur reste inconnu. De nombreuses sources s’accordent sur l’hypothèse que l’hymne fut démocratisé par une femme. En effet, son origine viendrait du chant des “mondines” ou appelé également “la mondina” : Chant de travail sur la protestation des travailleuses saisonnière des rizières.

Ces femmes protestaient contre les conditions de travail très dures ; elles devaient rester courbées toute la journée, avec de l’eau leurs arrivants jusqu’aux genoux.

Le texte est lui inspiré d’une autre chanson populaire italienne « Fior di Tomba» ou en français « Fleur de tombe ». Cette chanson est un appel à la révolte contre l’Italie fasciste pendant la Seconde Guerre mondiale (on ne va pas rater de vous faire un petit rappel 1939-1945).                        À la suite de cela, c’est à Prague en 1948 lors du premier festival mondial de la jeunesse et des étudiants qu’elle fut traduite en plusieurs langues et adoptée en tant qu’hymne des partisans partout dans le monde. Elle s’établit définitivement dans le Bloc de l’Est vers 1962 aux lendemains de la crise de Cuba.

Alors qu’elle était déjà répandue chez la jeunesse communiste, Yves Montand offre une interprétation retentissante de Bella Ciao mais c’est Muslim Magomayev qui la fera connaître en URSS.

Aujourd’hui, toujours en étant classé parmi les œuvres musicales engagées, elle est surtout connue à travers la fameuse série Netflix que nous aimons tous, la Casa De Papel.

 

10eme symphonie de Chostakovitch : pour une Russie sans l’oppression de Staline

Durant la guerre froide (1947-1991 évidemment), la liberté de composition musicale n’est pas permise en territoire soviétique. Les œuvres devaient se conformer au Jdanovisme artistique, une doctrine inspirée du réalisme de la vie quotidienne. Toute œuvre devait s’y conformer en reflétant et promouvant les principes du communisme soviétique.

Chostakovitch fut rapidement dénoncé pour la “tendance formaliste et anti-populaire” de ses œuvres jugées confuses et discordantes. Dmitri Chostakovitch n’eut alors pas d’autres choix que de s’y conformer. Mais le 5 mars 1953, Staline meurt peu de temps avant la première de la 10ème symphonie et le succès qui en suivi.

Dans les lettres que Chostakovitch a rédigées, il laisse penser que la 10e symphonie a été composée entre juillet et octobre 1953. Cette œuvre, sombre et désabusée, quasi lugubre, est d’ailleurs significative de l’état d’angoisse du compositeur.

La particularité de cette symphonie est qu’elle ne comporte aucun programme mais aussi que son deuxième mouvement : l’allegro, n’est pas sans rappeler Staline par son ton particulièrement oppressant. Le final de l’œuvre quant à lui est nettement plus optimiste, comme pour annoncer la fin du dictateur.

Donc la 10e symphonie est un tableau de la peur qui régnait durant la période stalinienne touchant à sa fin avec le décès de Staline, car la mort du leader soviétique annonce le déclin progressif du régime soviétique. Staline (aussi surnommé l’ours de fer) était le symbole d’une Russie forte.

L’ours meurt ? Le symbole en pâtit.

 

 

La symphonie Héroïque de Beethoven : la véritable dédicace

La symphonie numéro 3 a été composée en 1803 après que son auteur ait traversé une grave crise morale due à la progression de sa surdité.

En passant, n’oubliez pas d’aller lire notre article sur la surdité de Beethoven

Quand Beethoven composa sa 3ème symphonie, il la dédia à son mécène le prince Joseph Franz Von Lobkowitz. Mais à l’origine, la symphonie était destinée à quelqu’un d’autre.                               Le premier nom de la symphonie était “Sinfonia grande, intitolata Bonaparte”.

Beethoven était un grand admirateur de Bonaparte qui, selon lui, incarnait parfaitement les idéaux de la Révolution française.

Mais le compositeur changea d’avis quand Napoléon se proclama empereur de France en décembre 1804. Apprenant cela, Beethoven, qui envisageait de vivre en France, fut si furieux contre Bonaparte et ses nouvelles ambitions, qu’il ratura son nom sur la partition au point d’en briser sa plume et de transpercer le papier.

En 1806, Beethoven publia sa symphonie avec le titre “Sinfonia eroica, composta per festeggiare il sovvenire d’un grand’uomo” ce qui signifie “Symphonie Héroïque, pour célébrer la mémoire d’un grand homme” (merci google traduction). Elle fut finalement dédiée au Prince de Lobkowitz, grand mécène du compositeur. Il n’est cependant pas exclu que Beethoven garda en tête le souvenir du général Bonaparte, qui avant de devenir empereur avait toute l’admiration du compositeur.

Cette idée peut se vérifier dans la symphonie, qui offre une impression d’individualité et de puissance, révolutionnant le langage de l’orchestre et la forme. La marche funèbre symboliserait la fin du régime monarchique et l’espoir d’un monde meilleur.

 

 

Franz Liszt : Un hommage aux Canuts de Lyon

En 1837, la ville de Lyon accueillit pendant 5 jours le pianiste et compositeur Franz Liszt. Ses différents passages marquèrent et laissèrent au public Lyonnais de l’époque, un souvenir musical indélébile.                                                                                                                                                                   Liszt décrit cette ville comme étant l’une des plus belles âmes qu’il n’ait jamais rencontrées.

Dès 1830, Liszt s’intéresse aux mouvements de socialisme humanitaires tel que le Saint-Simonisme. En 1834, il fit la connaissance de Lamennais, à la fois prêtre et écrivain, dont le christianisme social aura une forte influence sur lui. C’est par Lamennais que Liszt apprit pour les émeutes déclenchées à Lyon par les Canuts, s’étant déroulées quelques années plus tôt.                                                                                                                                                                        En effet, le 19 novembre 1831, les Canuts – des artisans qui tissaient la soie à domicile – se mettent en grèves en raison de leurs maigres revenues. Faisant face à la garde nationale, des coups de feu éclatèrent, causant des centaines de morts.

De cet événement qui le toucha, il composa l’œuvre portant le titre : “Lyon, Allegro Héroïco” en l’honneur des Canuts et inscrit même en tête leur fameuse devise : « VIVRE EN TRAVAILLANT OU MOURIR EN COMBATTANT !« .  Aujourd’hui encore, nous ne savons pas à quelle date cette œuvre fut composée. En 1834 ? ou alors en 1837 ? Il sera dans tous les cas véritablement bouleversé par les conditions de vie misérables des ouvriers de la soierie, réduits à la famine.

Son écriture musicale très pianistique lui donne le caractère brave souhaité par l’auteur. Elle résume de plus parfaitement la personnalité du jeune Liszt de l’époque : le pianiste virtuose fougueux et l’homme au cœur généreux, à la recherche d’un idéal.

 

 

Conclusion

Depuis toujours, la musique fut marquée et marqua les époques.

Beaucoup ont essayé de la censurer, même si d’autres ont finalement réussi à véhiculer leurs pensées à travers les œuvres musicales engagées. En réponse à ces entraves, beaucoup se sont soulevé dans le but de rester libre de composer, de vivre ou d’encourager comme bon leur semble, car la musique telle que l’art reste le reflet de la société. Parce que même si l’on peut lui imposer des dictats, l’art conservera toujours son pouvoir. Il est le support de l’émotion et, pour ceux qui l’écouteront, une source d’inspiration.

 

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