Une brève histoire de la Clarinette

Une brève histoire de la Clarinette

La Clarinette est un instrument à vent à anche simple de la famille des Bois. On connaît surtout la Clarinette en Sib, qui chante sur trois octaves et une sixte, appréciée pour la qualité de son timbre allant du plus doux au plus incisif, pour la chaleur de son registre grave et la vivacité de son clairon. Mais bien d’autres types de Clarinettes existent : en La, en Mib et plus rarement en Ut. La palette expressive de l’instrument n’a – presque – aucune limite et fait de la Clarinette un excellent instrument de l’orchestre symphonique, des divers ensembles à vents ou de musique militaire en passant par le Jazz . Depuis son invention au début du 18e siècle jusqu’à nos jours, la Clarinette a parcouru bien du chemin. Parcourons en une portion ensemble !

 

La Clarinette à ses débuts

Le début du siècle des Lumières a connu un grand souffle de créativité musicale et d’inventions. Plus particulièrement en Europe, qui était le continent se trouvant au cœur de l’innovation : les inventeurs ne cessaient d’élargir l’ambitus des instruments, de rationaliser les doigtés et de rendre plus sûre la production de leurs sonorités.

Parmi les inventeurs, nous retrouvons en Italie, Bartolomeo Cristofori, qui en 1700, créa le premier Pianoforte. Ensuite, il y a en France, la dynastie des Hotteterre, plus précisément Jacques dit le Romain, qui va prendre part à la renommée des Bois. Et enfin, nous retrouvons en Allemagne, Johann Christoph Denner, l’inventeur de la Clarinette.

Johann Christoph Denner eut l’idée d’inventer la Clarinette vers 1690. À cette époque, le concepteur d’instruments de musique de Nuremberg voulait un nouveau modèle de Hautbois. De là, il eut l’idée de développer l’ancien Chalumeau français, qui a une période était évoqué sous le nom de “Chalemel”.

À l’époque, à la fin du 17e siècle, le Chalumeau avait huit trous, se composait d’un corps en buis, était déjà équipé de deux clés (La et Sib) et d’une anche simple, fixée sur le bec par un petit cordon. L’échelle des sons était alors très réduite, sa portée ne dépassait pas la dixième, la production d’harmoniques restant par ailleurs impossible.

Denner décida alors de prolonger le tuyau par un pavillon et de déplacer vers le haut la clé de Sib qui deviendra désormais la clé de douzième : la Clarinette était née.

 

Une brève histoire de la Clarinette

L’optimisation des sonorités

Plusieurs personnes contribuèrent à l’amélioration et au développement de la Clarinette d’origine. Parmi eux, il y a l’inventeur lui-même, Denner, qui songea à pourvoir le trou de Sib d’un petit tuyau de cuivre pour éviter l’accumulation d’eau à l’intérieur de l’instrument.

Cependant, même si la Clarinette chantait sur une étendue de près de trois octaves, elle ne tombait pas en dessous du Fa : il était donc impossible de produire un Si. Le fils aîné de Denner, Jacob Denner, corrige cette lacune en allongeant l’instrument jusqu’au Mi grave, lui donnant ainsi une nouvelle clé actionnée par le pouce droit.

C’est Joseph Beer, clarinettiste Bohémien, qui ajoutera la cinquième clé de la clarinette et participera à la révolution technique de l’instrument. Le musicologue du 19e siècle, François-Joseph Fétis, soulignait dans sa Biographie universelle des musiciens du monde, publiée à Bruxelles en 1837 que nous devons à Beer cette invention.

Jean Xavier Lefèvre ajoutera la sixième clé à la Clarinette vers 1791, afin que le Sol# du Clairon et le Do# du Chalumeau puissent être obtenus avec l’auriculaire de la main gauche. Toutefois, d’autres sources rapportent également le nom de Fritz Barthold pour la création de cette clé supplémentaire.

 

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François-Joseph Fétis

Choisir un instrument de musique selon sa personnalité, c’est possible ! Vous êtes plutôt ouvert d’esprit et téméraire ? Optez pour la Clarinette.

 

Les premières apparitions de la Clarinette

Séduit par les sons que produit la Clarinette, constamment améliorée, les compositeurs du début du 18e siècle lui rendent hommage. Tout d’abord, Vivaldi lui a décerné une place dans son Opéra “Juditha Triumphans” en 1716, et combina également les sons de deux Clarinettes et de deux Hautbois dans ses Concertos Grosso RV 559 et RV 560.

Mentionnons aussi Antonio Caldara en 1718, Telemann en 1719, et Jean Adam Joseph Faber, maître de chapelle de la cathédrale d’Anvers, qui écrit la messe de l’Assomption en 1720. En France, c’est Jean-Philippe Rameau qui sera le premier à renforcer l’orchestre des nouvelles sonorités de la Clarinette dans son opéra Zoroastre en 1749 ainsi que dans Acante et Céphise en 1751.

Quant à Mozart, il fait entendre la Clarinette pour la première fois dans son Divertimento K 113 en 1771, mais aussi dans son célèbre Concerto pour Clarinette K 622, ainsi que dans le Quintette pour Clarinette et Cordes K 581 en 1789. Deux pièces majeures qui seront dédiées au célèbre clarinettiste Anton Stadler. Cependant, le jeu de la Clarinette reste très subtil, mobilisant de nombreux facteurs dans une recherche pour rendre les doigtés de cet instrument plus rationnels, et surtout, plus ergonomiques. Son développement continuera donc.

 

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Jean-Philippe Rameau

L’évolution continue

L’instrument va connaître d’autres évolutions. Parmi elles, en 1810, Heinrich Barman proposa le retournement du bec12, positionnant ainsi l’anche sur la lèvre inférieure du musicien.  Ensuite, la Clarinette omnitonique à 13 clés soumise par Iwan Müller à la commission du Conservatoire de Paris pour examen en 1812 est nettement en avance sur son temps. L’idée de favoriser le jeu dans toutes les tonalités est également partagée par d’autres facteurs. Par exemple, Jean-Baptiste Dupont et Jean-Claude Labbaye ont proposé respectivement des Cors omnitoniques de leur conception en 1815 et 1820.

Malheureusement, Iwan Müller rencontrera une certaine pensée étroite de la part des membres de la commission, dirigée par Lefèvre (mais qui alors utilisera la Clarinette de Müller plus tard). Les membres de la commission rejetteront l’instrument. Une décision qui sera également prise pour le nouveau mécanisme de la Flûte de Théobald Boehm, en 1832.

L’instrument de musique de Müller est révolutionnaire, notamment le nouveau mécanisme à trous encastrés de forme biseautée. Müller utilise désormais des ligatures en métal pour fixer les anches, ce qui est plus pratique. En effet, la nouvelle Clarinette de Müller va susciter un grand enthousiasme chez les clarinettistes qui disposent désormais d’un instrument plus performant.

L’évolution à partir de Müller

Cependant, nombreux sont les amateurs de la Clarinette de Müller qui cherchent toujours à améliorer leur instrument. On peut notamment se référer au français Simiot, implanté à Lyon, qui fabriquera la Clarinette à 19 clés en 1828, mais on peut également compter les successeurs de Lefèvre, qui en 1845, ajoutent deux anneaux mobiles à la Clarinette à 13 clés. Il y a aussi Gyssens en 1852, qui garde les doigtés de Müller en combinant les avantages de justesse du système Boehm.

Il faut également citer le système allemand Oehler, qui s’inspire de la Clarinette de Müller, mais dont la mécanique est très complexe. Ainsi que les frères Albert de Bruxelles, qui profiteront de la Clarinette de Müller au travers d’une perce un peu plus large. Et enfin, à noter qu’il y a aussi une Clarinette à 15 clés et 2 anneaux, plus connue sous le nom de demi-Boehm, qui combine les avantages de la clarinette Müller et la Clarinette système Boehm.

 

Une brève histoire de la Clarinette

Conclusion

Aujourd’hui par Clarinette, nous désignons généralement toute une famille d’instruments transpositeurs, allant du registre aigu au grave. Ils diffèrent donc en tonalité, ainsi qu’en taille. Pour en arriver à la Clarinette que nous connaissons actuellement, l’instrument à traversé bien des époques et des itérations, au gré des évolutions de la technologie et des pensées musicales.

Cet article a été écrit sous la supervision de Nelson Malléus, clarinettiste, compositeur, chef d’orchestre, orchestrateur, ingénieur du son et concepteur de logiciels à destination des compositeurs et musiciens à travers la marque Inouï Samples.

 

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